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Rencontre avec David Osorio, avocat et diplomate vénézuelien exilé à Pau

Présenté par m.Clercq , chef d'établissement et M.Cordon Molina, professeur d'histoire-géographie, David Osorio, véritable tribun ayant le goût de la transmission et du partage de ses connaissances géopolitiques et culturelles, a permis de mieux comprendre l’histoire du Venezuela depuis l’Indépendance, les enjeux du droit international dans cette partie du monde considérée comme zone d’influence des Etats-Unis. A l'issue d'une heure d'exposé passionnant et incarné, le silence, l'attention des élèves et la qualité des questions sont le signe d'un cours brillant et réussi.

Merci et bravo à notre invité qui a rappelé l'importance de la maîtrise de plusieurs langues et le souci de s'exprimer convenablement en français!

En revenant sur les principes du Droit international, Droit dont il est spécialiste ainsi que du Droit de l’environnement, son attention a porté sur le terrain des opérations et l'urgence de l'actualité: l’état des lieux de l’action américaine (qui satisfait globalement la société civile débarrassée d’un dictateur qui a fini d’engorger les prisons venézueliennes) et les effets du “deal” trumpien”: se payer sur la bête” ( “libérer” le peuple et vider les prisons de leurs prisonniers politiques- privés de leur dignité dans le mépris complet des Droits de l’Homme-) ne se fait pas gratuitement …

La mainmise sur le pétrole vénézuelien, (la plus grande ressource de pétrole au monde) constitue cyniquement la monnaie d’échange de la lutte contre l’arbitraire et le narcotrafic.

En rappelant de manière très synthétique le jeu des forces en Amérique latine, le poids de l’idéologie prétendument socialiste qui a affamé les populations et fait galoper l’inflation, la vassalisation de certains pays aux USA (Porto-Rico en particulier) et le répartition de l’autorité des 3 puissances sur l’Amérique, L’Atlantique et le Pacifique, (USA-RUSSIE-CHINE voir le dessin de Plantu ces jours-ci), il semble que L’Europe peine à se faire une place sinon à être Terre d’asile pour une partie des 8 millions de réfugiés vénézueliens (la plus grande population de réfugiés après les Syriens et les Ukrainiens).

Le travail sur l’agriculture et l’alimentation en seconde avec le témoignage de Yésénia, réfugiée avec ses enfants à Oloron, nous avait déjà permis de découvrir la culture vénézuélienne, sa gastronomie et la richesse de ses traditions. Avec M. Osorio, c’est un tableau de cette culture qui nous est rendu encore plus divers et proche: en effet, en tant que représentant de son pays à l’Unesco avant la pandémie, celui-ci a travaillé à la reconnaissance du Patrimoine culturel universel de certaines traditions vénézuéliennes pendant la semaine Sainte, de certaines danses régionales (https://ich.unesco.org/fr/RL/le-joropo-au-venezuela-02092) ainsi que des musiques. Nous rappelant sans cesse l’importance de ceux qui ne comptent pour rien -les professeurs, les poètes, les musiciens- il a rappelé à chacun l’importance de la culture et du respect qui lui est dû. On apprend ainsi que c’est un poète vénézuélien qui représente le Vénézuela à l’Unesco, Luis Alberto Crespo, puisque les poètes sont souvent en charge de la mémoire des peuples.

Il a aussi été rappelé l’importance de la poésie, de la musique, des traditions religieuses métissées et du sport, pour construire une humanité plus digne et solidaire. C’est pourquoi dans le cadre de sa mission à l’UNESCO, il a rappelé l’importance de l’éducation et de la coopération entre états pour remédier à l'illettrisme, en favorisant aussi la reconnaissance de diplômes pour favoriser l’émancipation.

C’est pourquoi le sport constitue lui aussi un moyen de vivre l’exil en restant attaché à une pratique universitaire ou personnelle. M. Osorio est, en effet, on en est vite convaincu, passionné de Base-ball; il est coach et nous a tous invités, comme un entraîneur sur le terrain, avec persuasion et la force du geste à nous intéresser à cette pratique.

On croit souvent à tort ici que seuls le football et le rugby apprennent les enjeux de la rivalité, du travail d’équipe et de la coopération qui fédèrent les peuples, il faut maintenant compter avec le Base-ball et m. Osorio. La diplomatie et la paix se jouent aussi dans les compétitions sportives, rappelle à juste titre, m. Osorio. Réfléchissant aux vertus de ce sport qui fait réflechir à l’inversion des rapports de force, (un contre tous), c’est en quelque sorte le soft power de la culture sportive qui invite à espérer pour le Vénézuela, avec prudence et circonspection, mais aussi avec la confiance dans les institutions et dans la Constitution qui permettra, espère-t-il, avec patience et dans la durée, de reconstruire ce pays, marqué par une longue histoire d’arbitraire et de violences.

Sur les recommandations de l’orateur, les élèves sont donc invités à regarder un film sorti en 2023 sur les conditions indignes des prisons vénézueliennes: Simón, Film de Diego Vicentini 2023 (États-Unis). Il évoque lui-même les menaces et intimidations dont il a fait l’objet lorsqu’il était encore en poste diplomatique au Vénézuela justifiant sa demande d’asile politique en France, pour laquelle il dût patienter en raison des lenteurs administratives pendant la pandémie.

A de multiples égards, cette prise de parole importante auprès de jeunes lycéens, curieux des enjeux géopolitiques, semble comme un écho au témoignage, 3 ans auparavant, d’un réfugié politique russe, Daniil Beilinson, venu témoigner des conditions des prisonniers en Russie. Si les élèves en option DGEMC continuent d’écrire aux prisonniers politiques tous les ans à Noël ( Via OVD info et Memorial) c’est précisément pour ne pas négliger le respect des libertés fondamentales pour tous, des Droits humains et de la vie privée. Le témoignage de M. Osorio invite à poursuivre cette tâche avec les prisonniers vénézuéliens. A l’issue de la conférence, les questions des élèves, toutes plus pertinentes les unes que les autres, ont permis, in fine, d’interroger le délire de puissance, “l’hybris” américaine caractérisée par l'imprévisibilité du président Trump, tout autant que son absence totale de fiabilité (trust). Après le Vénézuela, les USA réussiront-ils à dévorer la Colombie et peut-être le Mexique ou même le Canada? Vont-ils réussir à dévorer le Groënland? Ce dont on est sûr en quittant m. Osorio, c’est que l’arc-de-Triomphe n’a pas à rougir de porter le nom du général vénézuelien Francisco de Miranda (1750-1816). Héros de l’indépendance de son pays, premier président de la République vénézuélienne. Il fait partie des généraux de la révolution française qui a, à ce titre, il a son nom inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile à Paris. Un pays qui oblige ses forces éduquées et instruites à le quitter devrait prendre conscience de ses ressources et se souvenir des personnalités qui ont fait son indépendance et sa souveraineté.
Publié le 21/01/2026 07:50